ADIEU, au hangar en béton de l’UAC

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ADIEU, au hangar en béton de l’UAC

« Je croyais me souvenir qu’il y avait ici un grand hangar à avion. Je ne reconnaissais plus le terrain« , disait en mai 2011 un pilote extérieur après avoir garé son appareil à Bourges du côté de l’aéroclub. Sous un soleil éclatant, le hangar de l’UAC a en effet donné, entre la mi avril et la mi mai 2011, un spectacle hallucinant. Comme si un tremblement de terre avait abattu au sol, cette immense bâtisse en béton, large de 60 mètres, haute de 8 mètres, fermée par dix portes métalliques pesant chacune 1.200 kilos.

Il n’en reste que des souvenirs, et des images…  Par Charles SCHIFFMANN.

Trois quarts de siècle d’histoire aéronautique de Bourges au tapis.

 Etait-ce le hangar de l’Ecole de Pilotage Hanriot, « délocalisée » de Reims à Bourges pour des raisons stratégiques après la guerre de 14-18 ? Les historiens et les vieux de la vieille ont oublié.  Et l’atelier du mécanicien…Combien de  « cinquante heures », de GV (Grandes Visites), de bougies, hélices et magnétos changées là-dedans, sans parler des instruments de bord ou des entoilages et mises en peinture derrière des rideaux ?  Ne flottent plus aux murs que quelques images grivoises inséparables de tout atelier qui se respecte. Au sol, des chiffons gras. Le cambouis vous suivra partout, comme les restes de biscuits apéritifs.

Les hangars avant leur démolition

Le 11 décembre 2010, levant le nez de son cassoulet, servi pour la fête annuelle, une « vieille tige » de l’aéroclub pensait à voix haute « C’est p’êt ben la dernière fouais qu’on mange là-dedans ».

 Pour beaucoup de pilotes passés par là, l’atelier était ce lieu mythique , où on voyait des avions mis à poils sous la tutelle d’un mécanicien toujours de bonne humeur assisté de quelques bénévoles rigolards. D’autres n’y passaient que pour s’y attabler à l’occasion de quelque choucroute ou méchoui. A chacun ses centres d’intérêt.

 Une ruche bourdonnante

Peu avant les premiers coups de boutoir donnés au printemps 2011 à cette structure en béton, le vieux hangar avait été le décor d’une véritable fourmilière.Des bénévoles du club s’étaient mobilisés pour démonter tout l’appareillage électrique récupérable, préserver les locaux du mécanicien (bureau et magasin de stockage), et surtout mettre en lieu sûr tout le précieux outillage de notre mécanicien.Un vrai casse-tête. Il a fallu louer une grande tente blanche pour y abriter l’atelier d’entretien. Le bureau de notre mécanicien, Pascal BEAUJON, a été installé, avec sa volumineuse documentation informatique, dans un Algeco, son petit outillage dans un deuxième, et les grosses machines dans le hangar des planeurs.  Il a fallu aussi river au sol les amarrages solides pour y attacher six avions en plein air. Ces précautions prises, les engins de l’entreprise Dubuget ont commencé à mordre dans le béton, enlever les lourdes portes (vendues à la ferraille) et séparer les armatures métalliques du béton coriace. Le sol du hangar avait été préalablement protégé par une épaisse couche de cailloux.  Quelques anciens sont venus voir la scène avec émotion. Deux ou trois bénévoles, courant d’un endroit à l’autre du grillage protecteur s’assuraient de la bonne marche des opération, le téléphone portable à l’oreille. Quelques membres du club ont pris des photos ou des films.

Il était plus que temps

Ce n’est pas par coquetterie que l’aéroclub s’est lancé dans ces travaux.  L’ancien bâtiment était devenu un danger public. En 2003 un morceau du plafond en béton s’était affalé au sol. Il aurait pu tuer n’importe qui. Les propriétaires et gestionnaires du hangar ont paré au plus pressé en tendant un filet léger sous le plafond. Dans l’atelier d’entretien, où des travaux délicats sont menés chaque jour, la pluie traversant plafond et laine de roche inondait le sol de larges flaques d’eau. Le maniement des portes avait déjà fait des blessés. Il fallait deux hommes costaux pour les ouvrir ou les fermer.  Tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir.  D’ici la fin de l’été, une structure entièrement métallique aura été érigée pour rendre leur abri aux avions et à l’atelier. Le nouveau hangar rejoindra l’actuel club-house d’un seul tenant, abritant ainsi bureaux et sanitaires.

 Après le béton, les « tuiles ».

Se lancer dans une entreprise pareille ne va pas sans imprévus: il a fallu accepter à grands frais une étude des sols préalable. Vider la cuve à fuel et la dégazer au sable manié à la pelle, traiter avec un notaire, et un cabinet de surveillance des travaux. Convoquer un serrurier pour fermer à clef pour la nuit les grandes portes en bois qui donnent accès au club, et aux avions garés à l’extérieur.Mais Jean-Luc EYNARD, vice président de l’UAC, responsable du Vol Moteur et instructeur « avions » reste optimiste. Depuis 2006 il cogitait sur ce projet avec autant d’assiduité que s’il s’était agi de construire sa maison de campagne. Avec Patrice GUIGNARD, qui depuis des lustres s’occupe des « infrastructures » du club, ils sont présents tous les deux, chaque jour ou en alternance sur le chantier.

 Pourquoi entreprendre en 2011 ?

 Oui, pourquoi si tard ? Après la pose d’un filet ramasse béton en 2003, il était apparu aux administrateurs (bénévoles) du club que le danger persistait. Ce vieux bâtiment appartenait à la Ville de Bourges. Elle en avait confié la gestion à la Chambre de Commerce, exploitante de l’aérodrome. L’aéroclub était « locataire » de la CCI. A ce titre il ne pouvait revendiquer aucune subvention pour l’amélioration d’une installation sportive dont il n’était pas propriétaire. Les démarches entreprises aussitôt par nos administrateurs bénévoles pour que l’UAC devienne propriétaire des locaux ont été longues, fastidieuses, souvent décourageantes. On a finalement obtenu, en 2008, la pierre et le terrain sur laquelle elle repose, pour un euro symbolique. Nous étions enfin « propriétaires »… d’une quasi ruine.

A partir de là il « n’y avait plus qu’à« …

Présenter aux autorités, départementales et régionales un projet de rénovation compatible avec des demandes de subvention. Le club avait investi 12.000 € dans un concours d’architectes et des projets dépassant nos moyens financiers (plus d’un million d’euros). Seules la Ville de Bourges, et l’administration de la Jeunesse et des Sports avaient consenti une aide financière très partielle. Lourde tâche, d’autant qu’en 2009 le club était mobilisé pour la préparation du meeting du Centenaire. La réussite de cet événement mémorable du 19 septembre 2010, nous a assuré un succès de prestige, sinon financier (au regard des efforts consentis). Ce cap franchi, on pouvait donc s’attaquer, l’esprit libre, au projet dit de « relogement« . 

En mars 2010, un groupe de travail avait été constitué au sein du Conseil d’Administration pour le « relogement ». Il reprenait l’examen d’anciennes études, moins ambitieuses financièrement que celles des deux années précédentes. En avril 2010 deux avions du club et leurs équipages allaient vérifier à l’aérodrome de COSNE sur LOIRE la qualité d’un des hangars qui nous étaient proposés par l’entreprise BAILLY.

NOVEMBRE 2010 la décision

Après de longues études, le 26 novembre 2010, le Conseil d’Administration consultait les adhérents sur un nouveau projet:

– Le béton dangereux du hangar avions et de l’atelier, avec leurs portes devenues un obstacle à l’activité serait remplacés  par un hangar métallique fiable.

– Le hangar des planeurs dont la conception force le respect (pas de pilier à l’intérieur) ne demande qu’à être restauré.

– Le local des aéromodélistes peut être aménagé intérieurement , isolé du froid extérieurement, mis aux normes électriques et  ENFIN correctement chauffé.

– Un nouvel espace serait récupéré entre l’atelier et le club-house pour y installer côte à côte le bureau du mécanicien, le secrétariat (accueil en façade) le tout jouxtant le bureau du chef pilote.

 Le soir même de ce 26 novembre, le Conseil d’Administration décidait à l’unanimité de passer les marchés avec les entreprises sélectionnées et d’entamer les démarches administratives (demandes de permis de démolir, de permis de construire, mise en concurrence des banques pour l’emprunt, et nouvelles demandes de subventions). Le 11 janvier 2011 le permis de démolir nous était accordé., suivi le 21 avril 2011 du permis de construire

Dans l’intervalle, discussions incessantes avec les entreprises pour négocier les prix au mieux, prévoir des aménagements, ainsi qu’avec les banques pour comparer leurs taux d’emprunts. C’est finalement la Société Générale, notre banquier habituel qui a été retenu pour un emprunt de 230.000 € sur quinze ans. C’est un emprunt hypothéqué. Il a donc fallu passer par un notaire, qui n’est pas gratuit. Tarif syndical habituel. Il avait  fallu aussi choisir une entreprise pour « l’étude des sols préalables » exigée par la bureaucratie. Elle n’a trouvé ni pétrole, ni vestiges romains sous notre hangar. Confier aussi le contrôle des travaux à un cabinet spécialisé. Il ne suffisait pas de démolir. Le travail va bon train pour voir venir l’avenir avec confiance.

Les adhérents de l’UAC qui doivent à LEUR club de pouvoir voler à Bourges en avion, en planeur ou en modèles réduits doivent une fière chandelle aux bénévoles déjà cités, et à tous les anonymes qui dans la plus grande discrétion consacrent des jours et des heures de dévouement pour que puisse survivre leur passion.

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