MEETING DU CENTENAIRE

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MEETING DU CENTENAIRE

Editorial du président de l’Union Aéronautique du Centre

Centenaire du 1er meeting aérien à Bourges

Il y a cent ans

On était en 1910. La tour Eiffel avait déjà 21 ans. On n’appelait plus « voitures sans chevaux » les premières automobiles – crachotant l’huile et la fumée – qui effrayaient les poules et les riverains sur les routes poussiéreuses de campagne. Vêtus de fourrures au volant de leurs voitures découvertes, ces premiers aventuriers du 20ème siècle avaient très vite constitué des « clubs » pour échanger leurs expériences et défendre leurs intérêts. Ainsi est né en 1910 « L’Automobile Club du Centre« . On regardait encore de travers ces premiers automobilistes. Mais chaussés de grosses lunettes de protection, ils n’avaient pas froid aux yeux. Déjà, ils pensaient à autre chose. Puisque leurs « moteurs à explosion » leur avaient permis de fendre l’air à une vitesse que jamais le cheval n’avait pu atteindre, pourquoi pas « prendre l’air« , et voler ?  En 1896, l’Allemand Otto Lilienthal avait volé 2.000 fois sans moteur, avant de se tuer, accroché à une aile dont les oiseaux lui avaient donné l’inspiration. Les pilotes de planeurs et de para-pentes se souviennent de cet exploit.

Sept ans plus tard, en 1903, aux USA Orville Wright, aux commandes d’un engin qu’il avait fabriqué avec son frère, Wilbur réussissait le premier vol mécanique. L’avion était né. Les oiseaux n’étaient plus les seuls « plus lourds que l’air » à s’élancer vers le ciel.

En France, les frères Voisin avaient appris dans leurs jeux d’enfants qu’un cerf-volant, un peu grand pour leur age, pouvait soulever l’un d’eux de terre. En 1908, ces bricoleurs de génie (armés toutefois de solides connaissances d’ingénieurs dessinateurs) devenaient les premiers constructeurs industriels d’avion en 1908. A l’époque, les meilleurs connaisseurs de la résistance des matériaux étaient les facteurs de pianos. On n’en était pas encore à la fibre de carbone. Mais ces fabricants d’instruments de musique savaient faire des « cordes a piano » assez solides pour tenir les ailes d’un avion, et des châssis en bois résistant à des tractions de plusieurs tonnes. La défense nationale allait donc s’intéresser à ces gens qui prétendaient voler de leurs propres ailes.En 1909 la traversée de la Manche par Louis BLERIOT avait bouleversé les esprits. Blériot était un fabricant de phares et de réservoirs d’auto. Un an après son exploit, l’Automobile Club du Centre fondait l’Aéroclub du Berry, ancêtre de l’actuelle Union Aéronautique du Centre (Aéroclub de Bourges).La même année 1910, le 25 octobre, le premier meeting aérien de Bourges réunissait cinq avions sur le Polygone. L’événement avait attiré 40.000 spectateurs.

La relation industrie défense

Il a fallu attendre 1928 pour que soit ouvert le premier aérodrome de Bourges. Une piste en herbe sur un terrain de 90 hectares. Les pouvoirs locaux et la Chambre de Commerce réunissent des fonds. Mais ce qui manque pour boucler le budget sera fourni par une souscription organisée par l’aéroclub. C’est la position centrale de Bourges qui lui a valu cet équipement. Près de Reims, la société Hanriot fabriquait des avions et il lui fallait former des pilotes pour les exploiter. A l’écart des frontières et des envahisseurs éventuels, Bourges était un choix stratégique.

En 1930, les usines Hanriot commencent à produire des avions à Bourges. La même année, le gouvernement organise la première « restructuration » de diverses industries aéronautiques dont l’éparpillement mine des moyens déjà précaires. C’est la naissance de la Société Générale Aéronautique. Dans cette constellation d’entreprises, Hanriot se spécialise dans la construction d’avions écoles, d’avions sanitaires et de liaison. Cette activité a essentiellement une vocation militaire, tant pour la fabrication d’avions que pour la formation des pilotes.

L’aérogare de Bourges, inaugurée en 1934, est détruite par les bombardements. Sans avoir vu passer d’avions de ligne. Celle qui a été reconstruite en bordure de la route d’Issoudun – à l’emplacement actuel – s’arme de patience. A la veille de la deuxième guerre mondiale, la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Centre (SNCAC) créée sur la nationalisation de Hanriot et Farman occupait 2.000 personnes.

Durant la guerre, les occupants allemands profitent des installations pour y fabriquer 170 appareils à partir de 1941. Les bâtiments actuels de l’Aéroclub de Bourges portent encore les cicatrices des bombardements auxquels cette activité leur avait donné droit. Ces bombardements redoublent lorsque l’armée allemande construit à Bourges une piste en béton de 1.260 mètres destinée à ses Heinkels en mission de bombardement sur l’Angleterre.

 

 

 

 

Retour à la paix

noratlas 2501

Après la libération, la SNCAC occupe plus de 2.500 personnes. Elle fabrique sous le nom de « Martinet » des répliques d’avions allemands, puis des appareils de son cru, les fameux NC de tous types. Mais les carnets de commande sont un peu légers. On occupe les gens à la fabrication de batteries de cuisine et de trolleybus. En 1950, l’espoir revient lorsque Nord Aviation rachète les usines de Bourges. En 1952, le premier avion cargo NORATLAS sort des chaînes, sauvant ainsi l’usine qui en fabriquera 211 exemplaires

transall

En 1960, l’avion franco-allemand Transall prend la succession de ce gros porteur. A partir de là, une longue succession de coopérations internationales et une interminable liste de changements de noms en passant de l’Aérospatiale à MBDA. On ne fabrique plus d’avions entiers à Bourges, mais les usines continuent de produire aussi bien des engins téléguidés que des éléments pour Airbus.
En 2006 le plus vieux bâtiment de l’aéroport de Bourges est rasé: l’ex-école de l’air HANRIOT. Plus d’un retraité verse une larme. L’aviation de plaisance prend la relève. Mais il subsiste une autre école de pilotage à Bourges: c’est celle de l’UNION AERONAUTIQUE du CENTRE, plus connue sous le nom d’Aéroclub de Bourges, dont le siège est 10, rue Le Brix.
Forte de 270 adhérents, cette Union est ainsi nommée parce qu’elle regroupe trois activités : l’avion, le planeur et le modèle réduit. L’école de pilotage d’avions forme chaque année une quinzaine de nouveaux pilotes, sous la conduite d’un instructeur professionnel salarié par le club et aidé de plusieurs instructeurs bénévoles. Il n’est pas rare qu’après une douzaine d’heures d’apprentissage, de nouveaux pilotes soient autorisés à voler seuls autour du terrain. Après une vingtaine d’heures d’exercices complémentaires, ils obtiennent une licence qui leur permet de voyager dans toute l’Europe, et même au delà, aux commandes des avions de voyage dont dispose le club.

L’apprentissage du planeur, appelé aussi vol à voile, est confié la plupart du temps à des instructeurs bénévoles. C’est une discipline qui exige un travail d’équipe pour piloter l’avion remorqueur, mettre les planeurs en piste et parfois aller les rechercher lorsqu’ils se sont posés dans la campagne lors de vols de longue durée. Il n’est pas rare que les planeurs tiennent l’air plusieurs heures – sans moteur – et franchissent des distances de plusieurs centaines de kilomètres.

La pratique du modèle réduit, le plus souvent radio-commandé,  est elle aussi une discipline gratifiante, et parfois de haute technicité. Sous la conduite de moniteurs, les néophytes y apprennent à construire des modèles réduits et à les piloter. Jeunes et vieux s’y côtoient allègrement. Les plus anciens sont parfois d’anciens pilotes d’avions ou d’anciens mécaniciens aéronautiques.

L’aéroclub met à la disposition de ses adhérents neuf avions, sept planeurs (dont plusieurs bi-places) et un nombre variable de modèles réduits d’écolage. En août 2010, il occupait quatre salariés: un chef pilote instructeur professionnel, un mécanicien agréé par l’autorité aéronautique, un instructeur de vol à voile et une secrétaire.

SCHIFF.

Quelques dates clés…

·        09 octobre 1890 : Clément Ader quitte le sol avec son Eole

·        1898 : Naissance de l’Aéroclub de France

·        1902 : Création de l’Automobile Club du Centre (ACC), placé sous la présidence du Prince d’Arenberg.

·        17 décembre 1903 : 1er (vrai) vol d’Orville Wright à bord de son « Flyer »

·        11 janvier 1908 : Farman parcourt 1 km en circuit fermé.

·        11 novembre 1908 : l’ACC crée une section aéronautique et propose rapidement le principe d’un concours d’aviation entre Bourges et les villes du Centre qui pourrait se dérouler sur le site d’Avor.

·        1909 : année de création de l’Aéroclub du Berry.

·        19 Août 1909 : le Prince Pierre d’Arenberg, Conseiller général,  fait voter par l’Assemblée départementale la création d’une station aéronautique dans le Cher, qui fonctionnera sur Avord en 1912.

·        25 juillet 1909 : Blériot traverse la Manche en 38 minutes sur son avion Blériot XI.

·        22 août 1909 : premier meeting aérien au monde à Reims: 100 000 visiteurs.

·        07 janvier 1910 : Hubert Latham atteint l’altitude de 1000 mètres à bord de son Antoinette VII

·        mars 1910 : réunion des commissions pour l’établissement du site d’aviation d’Avord, « futur Saumur de l’aviation ».

·        20-25 octobre 1910 : 1er meeting aérien sur le « polygone » de Bourges : 40 000 visiteurs.

·        23 janvier 1912 : remise des clés de l’école aéronautique d’Avord au capitaine Bellenger

·        1er Juillet 1928, l’Aéroport de Bourges est inauguré. L’école de pilotage civile de la firme Hanriot forme ses élèves sur Potez 25 et Hanriot 431.

·        Le 19 février 1931, les berruyers accueillent les héros de l’Atlantique Costes et Bellonte

·        15 juillet 1934, inauguration de l’Aérogare de Bourges

·        1930 : l’aéroclub du Berry compte 847 membres

·        1930: création de l’usine Lorraine-Hanriot sur Bourges et début de la construction des Potez 25

·        1937: les sociétés Hanriot et Farman sont fusionnées en Société Nationale de Construction Aéronautique du Centre (SNCAC). Les avions qui seront produits par cette nouvelle structure nationalisée porteront le préfixe NC.

·        février 1939 : La SNCAC assemble les premiers des 316 Curtiss H-75 destinés à l’Armée de l’Air.

·        entre 1936 et 1939 la SNCAC construit 90 bombardiers Bloch 210.

·        10 décembre 1945 : naissance de l’Union Aéronautique du Centre, président d’honneur le banquier Henri Hervet.

·        1949 : la SNCAC de Bourges est rachetée par la SNCAN (Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord)

·        1951 : la SNCAN démarre la production en série du Noratlas 2501. 221 exemplaires seront fabriqués

·        mars 1965 : 1er vol d’un C-160 Transall à Bourges

·        1958 – 1959: Création du Groupe d’Exploitation de l’ALAT rattaché à l’Ecole Supérieure d’Armement et du Matériel de Bourges.

·        1964 : Avord devient une base stratégique et abrite les Mirage IV porteur du vecteur nucléaire : escadron 1/94 Berry

·        1970 : la SNCAN est fusionnée au sein de la SNIAS (Société Nationale Industrielle Aérospatiale)

·        16 décembre 1972 : inauguration de la nouvelle aérogare de Bourges

·        17 décembre 1990 : réception du premier E-3F AWACS à Avord

·        2001 : création de MBDA, « société européenne intégrée » filiale commune de EADS, BAE Systems et Finmeccanica.

 m MEETING AERIEN DE 1910. Cette manifestation fut organisée sur le terrain du polygone d’artillerie par l’Automobile Club du Centre, présidée alors par le Prince Pierre d’ Arenberg. A cette époque l’aérodrome n’existe pas encore et des hangars sont aménagés pour abriter les appareils des cinq jeunes pilotes, acheminés par le train, qui vont s’affronter durant quatre jours entre les 20 et 25 octobre dans des épreuves chronométrées. Plusieurs milliers de spectateurs seront les témoins de la joute entre ces pionniers de l’aviation. Le premier à s’envoler de Bourges est Jean Bielovucic, péruvien de 21 ans, puis Henri Brégi, 25 ans, tous deux sur biplan Voisin, Henri Jullerot, 30 ans, sur biplan Farman, et enfin Marcel Paillette, 26 ans, et Fernand Blanchard, 25 ans, tous deux sur monoplan Blériot. Fernand Blanchard, breveté depuis 4 mois à peine et jeune marié. trouvera la mort lors de son vol retour à l’issue du meeting lors de son atterrissage à Issy-les-Moulineaux. Au matin du 20 octobre la météo n’est pas des meilleures, et les pluies torrentielles finissent par laisser la place à un temps plus clément en début d’après-midi. Bielovucic en profite pour offrir aux berruyers le spectacle du premier aéroplane qui survolera la vénérable cathédrale de Bourges. Les cinq jours du meeting, malgré un temps pluvieux, auront attiré plus de 40 000 spectateurs émerveillés par la technologie et les prouesses de ces fous volants. Parmi eux le célèbre Alain FOURNIER qui aurait déclaré en voyant son premier avion :  » j’ai regardé cela avec une émotion sans mots… ». Le succès de la manifestation en entraînera d’autres dès 1911 à Vierzon et Saint-Amand.